Vous manifestez, avec
le Hezbollah et Amal, depuis plusieurs semaines dans le centre de
Beyrouth. Que demandez-vous au gouvernement de Fouad Siniora ?
Sa politique a mené à un échec terrible. Depuis
dix-huit mois, il n'a jamais respecté le programme promis. Aucun
point n'a été appliqué et il refuse de modifier
son gouvernement. Dix-huit mois, c'est six fois la période de
grâce pour un nouvel exécutif. Il doit être plus
représentatif d'une globalité de la population libanaise.
Mais aussi que ses décisions soient d'intérêt
global, pas sectaires comme actuellement. Fouad Siniora a, dans une
première phase, marginalisé les chrétiens, en
refusant qu'ils soient représentés par les vrais
élus chrétiens. Et maintenant, il n'a plus le soutien des
chiites. Donc deux communautés, qui représentent 70 % du
peuple libanais, sont en dehors du pouvoir. C'est contraire à
notre Constitution, qui est basé sur deux éléments
: d'abord, la représentativité des communautés
libanaises, et une majorité de deux tiers pour que le
gouvernement soit légitime. Il a la légalité sur
la forme, mais il lui manque cette deuxième dimension.
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Vous êtes alliés, contre le gouvernement, avec
Amal et le Hezbollah, deux partis chiites qui sont accusés
d'être prosyriens...
Il n'y a plus de prosyriens au Liban, à part des
minorités qui sont hors de Amal et du Hezbollah. Nous avons une
nouvelle approche des relations avec la Syrie, qui est basée sur
l'égalité. Nous voulons des relations équitables,
un échange de relations diplomatiques. C'est l'objet d'un accord
que nous, le Courant patriotique libre, avons passé avec le
Hezbollah. La situation a changé vis-à-vis de la Syrie.
Ce n'est pas ce que dit le gouvernement Siniora...
... Nous n'avons pas l'approche agressive de MM. Siniora et Hariri.
Nous sommes plutôt pour une approche positive, pour construire de
nouvelles relations. Il n'est pas dit que deux pays limitrophes doivent
être forcément en guerre. Au contraire, ils doivent tout
faire pour être en paix et avoir des relations saines. |
Mais la Syrie est régulièrement accusée
d'avoir commandité des assassinats politiques, dont celui de
Pierre Gemayel le 21 novembre dernier...
... Depuis deux ans, ces accusations sont fictives. On accuse la Syrie
d'avoir assassiné Hariri. Je ne dis pas que la Syrie a
assassiné ou n'a pas assassiné qui que ce soit. On a
confié ça à un comité d'investigation
international et on est en train de former un tribunal international
pour juger de ce crime. Jusqu'à maintenant, personne n'a des
preuves. Malgré les rapports des juges d'instruction tous les
trois mois, on n'a aucune certitude. On a pris toutes les mesures pour
découvrir les vrais auteurs de ces crimes. Il ne faut pas faire
d'accusations politiques sans qu'elles soient basées sur les
faits. Il faut respecter la présomption d'innocence.
Soutenez-vous la création d'un tribunal international
pour juger les responsables de l'assassinat de Rafic Hariri ?
Bien sûr ! Je l'ai toujours soutenue, j'étais même
le premier à réclamer la formation d'un tel tribunal.
Mais il y a beaucoup de désinformation sur ce sujet. Une
télévision racontait l'autre jour que j'avais
ordonné de bloquer la route de l'aéroport, alors que
c'est absolument faux. On essaye d'intoxiquer l'opinion publique avec
de fausses informations.
Si le gouvernement de Fouad Siniora ne cède pas,
qu'allez-vous faire ?
Le rapport de forces n'est pas en sa faveur. Il est en train de vivre
sur l'oxygène étranger. C'est docteur [Condoleezza] Rice
qui lui donne son repas trois fois par jour pour qu'il puisse survivre
à cette crise. C'est un gouvernement qui est dans le coma, il
suffit de lui enlever l'oxygène qui vient de Washington et de
Paris, et il s'en ira.
Vous ne craignez pas que la situation
dégénère, qu'il y ait des affrontements
armés entre les deux camps ?
L'opposition contrôle très bien la situation. Il y a eu
beaucoup d'incidents fomentés par les partisans du gouvernement,
des agressions contre des manifestants, mais ça n'a pas
dégénéré en conflit. A chaque incident, il
n'y aura pas de riposte. Ce sera toujours perçu comme des
agressions de la part de l'opinion publique. Quand on peut faire bouger
deux millions de gens sans qu'il y ait une vitre cassée, les
gens savent qu'ils n'ont rien à craindre de ces manifestations.
Propos recueillis par Jean-François Fogel et Nabil Wakim
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