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Discours de son Excellence Monsieur le Premier Ministre Michel Aoun
lors du meeting organisé par le Courant Patriotique Libre le 15 octobre 2006 à Beyrouth
15 octobre 2006
13 octobre 1990
Le 16ème anniversaire


O grand peuple du Liban,

Nous voilà au 16ème anniversaire de ce jour maudit : celui du 13 octobre 1990, l’étape la plus importante de notre lutte ainsi que de l’histoire du Liban contemporain.

Ce jour-là, l’armée syrienne mena une offensive générale contre le dernier bastion de la liberté non seulement au Liban mais encore dans tout l’Orient ; c’était la première fois dans l’histoire où un peuple entier se trouvait assiégé de tous les côtés et puni…son seul crime ayant été de revendiquer ses droits indéniables et de clamer tout haut : Liberté, Souveraineté, Indépendance…

Cela n’aurait pas pu se passer, sans une couverture locale et internationale. L’ironie du sort fit que cette opération vint illustrer la politique des deux poids deux mesures : tandis que la plus grande alliance internationale se mettait en place pour libérer le Kuweit, l’occupation du Liban était bel et bien encouragée.

Ce jour-là, le peuple libanais fut vaincu et perdit la bataille, pendant qu’au même moment tombaient les valeurs humaines et les lois proclamant les droits de l’homme.
Le 13 octobre survécut dans notre conscience comme une dignité pour les vaincus et une humiliation pour les vainqueurs.
Ce fut une honte historique indélébile qui marqua le front de tous ceux qui se comportèrent comme de simples spectateurs… Ce fut un crime dont tous ceux qui participèrent au massacre des innocents portent la responsabilité.

Ce jour-là, notre longue marche de lutte commença, caractérisée par notre résistance inébranlable qui s’adapta avec les circonstances de l’époque et transféra nos activités de l’intérieur vers les larges horizons du monde entier ; ce qui permit aux libanais de l’émigration, dans les différents pays où ils se trouvaient, de participer à notre lutte et de mobiliser toutes leurs forces ; et ce qui nous permit de continuer ensemble ce que nos avions commencé à Baabda.

Notre présence aujourd’hui sur le sol de la patrie et sous son ciel libre n’est que le couronnement de cette longue marche et l’accomplissement de la promesse que j’avis faite en quittant le sol du Liban : « Aujourd’hui, en quittant le Liban pour la France, je vous dis, après mon long silence, que l’action que vous avez commencée ne s’arrêtera que lorsqu’elle aura été réalisée. Au revoir »
Et nous voilà retrouvés ensemble et ensemble nous resterons…

O grand peuple du Liban,
Je m’adresse à vous aujourd’hui, à l’occasion de cet anniversaire douloureux, non pour rouvrir les plaies, mais pour affirmer ensemble que nous croyons de façon absolue que l’homme est une valeur, et que notre société ne se redressera que dans selon des principes évidents dont en priorité la vérité, le bien et la justice.

Je m’adresse à vous, pour vous réaffirmer des convictions et des conduites basées sur la loyauté, l’honnêteté, la transparence, le courage et la fidélité ; des convictions et des conduites qui constituèrent la base solide et le contexte pur de notre marche de lutte, pour la défense du Liban, comme une patrie définitive pour tous ses fils, et pour la protection de son droit sacré à la souveraineté, la liberté et l’indépendance.

Je m’adresse à vous, comme à chaque fois, après la confiance précieuse que vous m’avez accordée, lors des dernières élections législatives, pour vous affirmer encore une fois, et dans le sens de cette même confiance, notre persévérance à unir les libanais, tous les libanais, dans le cadre d’une démocratie consensuelle que nous avons fermement décidé de réaliser, après les années de l’éloignement et de la division, et après les politiques d’assujettissement, d’arrestation et d’expatriation, causées par les conditions de l’occupation syrienne et vécues pendant trois décennies ; nous le faisons, loin de toutes les formes de discrimination confessionnelle, rituelle, ou raciste et de tout ces qui est susceptible de diviser les fils de la même patrie. Cela nous a permis d’être plus fermes dans nos positions relatives à toutes les affaires nationales, préférant le dialogue aux tensions, et la constitution aux sautes d’humeur, et les adoptant comme base de solution de tous les conflits

Et nous avions notre vision stratégique qui s’est incarnée dans les principes et les points de départ contenus dans la charte du courant patriotique libre et dans notre discours fondateur ; comme elle s’est incarnée dans le document d’entente avec Hezbollah que nous avons voulu, outre qu’il constituait une fin en soi, et au-delà de son importance intrinsèque, un point de départ pour un dialogue sérieux et constructif que nous avons constamment essayé d’engager avec toutes les parties libanaises, bien avant notre retour au Liban le 7 mai 2005, dans le but de pressentir des solutions définitives à toutes les questions conflictuelles.

O grand peuple du Liban,
La célébration de cet anniversaire cher à nous tous ne vise qu’à faire revivre les véritables sens du sacrifice et du martyr pour la patrie et l’homme. Nous avons voulu cet anniversaire comme un hommage à ceux qui ont offert leur âme, tout au long de la marche de la libération, sur l’autel de la patrie comme des sacrifices pour l’unité du Liban et la dignité de ses fils… Nous pensons particulièrement aujourd’hui à ceux que nous avons perdus et dont le sort reste inconnu à cause du désistement des gouvernements consécutifs tout au long de 16 années jusqu’aujourd’hui.

C’est un hommage de respect à tous ceux qui ont arrosé le sol de la patrie par leur sang pour défendre la souveraineté, l’honneur et la dignité du Liban contre l’occupation syrienne.
C’est un hommage de respect à ceux qui ont signé les actes d’héroïsme face à toute agression israélienne contre le Liban.

Chers frères citoyens, savez-vous que certains parmi ceux qui accaparent le pouvoir aujourd’hui et s’attellent à vous marginaliser, sont les mêmes qui s’étaient élevés à cette époque contre votre volonté, avaient marginalisé votre rôle et s’étaient appliqués à vous humilier ?

C’est pourquoi nous déclarons devant vous, et en toute fierté, que grâce à nos bons martyrs, ceux dont nous célébrons l’anniversaire aujourd’hui, et grâce à votre résistance et à votre persévérance dans la lutte, le Liban a été libéré.

Oui, le Liban s’est libéré… Il y a eu le retour de la souveraineté et de l’indépendance, et la reprise de la libre décision… Cette décision que nous risquons de perdre de nouveau à cause d’une évasion politique, plutôt d’un tourisme politique dans les capitales occidentales.

Combien nous aurions souhaité, chers frères citoyens, après la fin de la guerre, entreprendre ensemble le chantier de la construction, nous qui croyons dans la volonté de vivre, qui abandonnons la logique de la guerre, de la vengeance, de la rancune et de la haine ! Mais Hélas nous avons été surpris de réaliser que ce dont nous nous étions libérés à Anjar était réapparu ailleurs, à travers la destruction de la constitution et de tout ce qui pouvait être le signe de la présence et de la continuité de l’Etat ; Et la déclaration ministérielle de se révéler comme une coupe vide incapable de désaltérer un assoiffé.

Et voilà le gouvernement actuel, émanant d’une majorité imaginaire, qui légalise l’indifférence face aux soucis et revendications des gens, ravage le pays, asservit l’argent de l’état et du peuple, et replonge le pays dans la politique des axes.

Ce gouvernement manque par sa constitution de la représentation exhaustive de tous les libanais, c’est pourquoi il n’inspire pas confiance. Il manque par ses décisions de l’utilité profitant à tous les citoyens, ce qui le marque d’un caractère partial. Dans les décisions cruciales, son comportement est unilatéral. Sans parler de ce qu’il a fait pour paralyser le rôle de toutes les institutions de contrôle qui constituent la base et les piliers de l’Etat dans les systèmes démocratiques.

On vous dit qu’avec le changement du gouvernement vous tomberez dans le vide. Mais en réalité vous vivez déjà dans le vide à travers une déclaration ministérielle dont aucune lettre n’a été appliquée. Vous y vivez à travers une décadence dans le comportement qui a dépassé l’erreur acceptable et atteint la planification programmée jusqu’à la provocation. C’est pourquoi nous n’avons cessé ni nous cesserons de rendre ce gouvernement responsable de toute évolution négative qui surviendra dans le pays.

Le vide s’est manifesté dans la prestation du gouvernement lorsqu’il a renoncé à son rôle dans la riposte contre l’agression pour jouer le rôle de médiation entre la résistance et l’ONU ; comme il a renoncé à jouer son rôle humanitaire et de secours. Sans la solidarité du peuple libanais, le drame aurait été inévitable.

A partir de là, il était nécessaire de vous rencontrer, comme d’habitude, pour nous inspirer de votre volonté inébranlable et de votre détermination sans faille. Comme à chaque étape décisive de notre vie nationale, nous prenons nos décisions, en nous inspirant de vous, vous les libres du Liban, et non des tuteurs et des protecteurs, loin des intérêts personnels et des séductions, refusant toutes les pressions, surtout celles qui portent en elles les germes de la discorde.

C’est pourquoi, par votre présence aujourd’hui avec ce grand élan et cette foi inébranlable dans la nécessité de sauver la patrie de ses bourreaux, vous avez montré au monde entier, encore une fois, que le désir du changement et de la réforme est devenu une situation de plus en plus grandissante sur l’étendue de la nation qu’aucun interdit, quel qu’il soit, ne peut arrêter.

Les grandes nations sont celles qui marient leur discours politique et leur prestation pratique.

Et nous, à partir de ce point de départ, nous vous affirmons que l’opération du changement et de la réforme ne pourra s’accomplir que selon les principes et les convictions suivantes :

- Nous croyons en la démocratie comme un système de gouvernement et un comportement de vie, et nous considérons qu’elle est le seul système qui respecte la dignité de l’homme, libère ses compétences et lui permet d’être maître de lui-même.
- Nous déclarons notre attachement aux droits de l’homme, tels qu’adoptés par les documents internationaux, et aux libertés publiques qui constituent la base et les piliers de la démocratie, en affirmant que l’homme et la femme sont égaux dans les droits et les obligations et que la femme est partenaire dans la construction de la société et la prise de la décision.
- Nous aspirons à une société plus humaine et plus juste, dans laquelle la citoyenneté s’accomplira dans ses véritables dimensions, une société qui sera solidaire avec ses couches faibles et marginales, une société qui ne sacrifiera pas ses jeunes pour ses vieux.
- Nous optons pour l’unité nationale basée sur la véritable participation et l’équilibre, comme garantie pour la perpétuité du Liban en tant que nation et en tant que mission.

- Nous insistons sur l’arabité comme civilisation ouverte et interactive avec toutes les cultures, et dans la quelle le Liban fournit une participation pionnière.
Nous considérons que le Liban a un rôle à jouer dans la diffusion de la culture de paix dan son entourage et dans le monde entier, du fait qu’il est un terre de rencontre, de dialogue et d’interaction.

La construction et la réforme de l’Etat ne s’accompliront que par le renforcement de l’état de droit à travers la séparation des pouvoirs, en assurant l’équilibre, la complémentarité, et les outils de contrôle et de questionnement. Quant à la garantie de la souveraineté et de l’indépendance, elle sera assurée par la concordance de l’union nationale et de l’état de droit ; c’est alors qu’il n’y aura plus de forts au sein de l’Etat et aux dépens de lui, mais un état fort par sa bonne administration et ses institutions, et par son recours à la constitution et aux lois.

Quant à la restauration de la démocratie elle se fera à travers la réhabilitation des valeurs et des règles qui régissent le droit à la divergence des points de vue, la liberté d’opinion et d’expression, et à travers l’assainissement de l’exercice de la politique de tous les vice et les défauts, mettant fin ainsi à désinformation et aux promesses mensongères.
Elle s’accomplira aussi par la consécration du principe de l’entente, afin d’éviter toute appropriation exclusive, tout accaparement du pouvoir ou toute hégémonie d’une majorité au pouvoir sur une minorité marginalisée et opprimée.

Elle se fera enfin à travers l’adoption d’une loi électorale moderne, garantissant la justesse de la représentation, limitant l’influence de l’argent politique et du sectarisme confessionnel, assurant l’égalité des chances dans l’information, activant le travail politique et partisan, constituant un outil pour le renouvellement de la vie politique, réalisant la participation des libanais résidant à l’étranger. Dès lors il devient indispensable de se dépêcher pour élaborer cette loi et ses règles d’application afin d’éviter que le déséquilibre ne se perpétue, pour des motifs et des excuses ne visant qu’à une perte de temps.

Il est impossible de construire un Etat basé sur la corruption et les pots-de-vin. C’est pourquoi il est de notre devoir de centrer notre travail de séparer l’argent du pouvoir, pour que l’argent se transforme en une économie productrice et pour que le pouvoir se transforme en en un Etat de justice.

Il est aussi de notre devoir de lutter contre la corruption et les pots-de-vin à travers l’activation des instances de contrôle, d’inspection et d’expertise financière et administrative, d’adopter les législations nécessaires à tout cela et d’appliquer le principe de la punition et de la récompense.

Et il n’y aura une administration bonne et moderne que si le service public est revalorisé, modernisé et si son niveau n’est pas relevé. Il faut aussi rétablir la confiance perdue entre les libanais et leur état, en dépolitisant l’administration, en renonçant au partage des parts, en le principe d’un fonctionnement sur la base de la citoyenneté, de la compétence, à travers le respect de la loi et les compétences des instances responsables de la nomination, de l’avancement et du contrôle.

La véritable sécurité est celle qui est basée sur le tissage des relations saines entre les constituants de la société libanaise. La véritable sécurité n’est pas celle d’une seule frange sociale, comme certains ont pris l’habitude de la qualifier. Ce genre de sécurité aboutit à une confrontation commune et n’apporte pas la tranquillité aux gens.

Le devoir des forces de sécurité reste celui de la lutte contre le crime qui reste une situation anormale dans la société, tandis que le crime organisé reste plus dangereux et il est illustré par le terrorisme qui menace toutes les sociétés et qui transgresse toutes les frontières et les lignes de défenses ; et tout relâchement dans le comportement et toute négligence dans la prévention des surprises lui serviront de couverture.

La sécurité armée qu’on doit construire et étendre à tout le territoire libanais est celle qui garantit la stabilité, protège les citoyens, adopte les mesures de la loi, respecte les droits et les libertés de l’homme. Cette sécurité est celle qui répond en même temps aux défis du terrorisme, du crime, des groupements armés illégaux et de l’auto - sécurité. Elle ne se réalisera qu’à travers la réhabilitation de la crédibilité du service sécuritaire libanais, de sa dépolitisation, et de la nomination de responsables reconnus pour leur compétence et leur bonne conduite. Ajoutez à cela la nécessité de protéger les forces armées de toute influence étrangère, de les élever au-dessus de tout confessionnalisme et tout clanisme, de les armer et de les faire évoluer, afin qu’elles deviennent capables de défendre la patrie et de protéger la dignité de ses fils.

La justice sera équitable, propre et indépendante à travers sa neutralisation face aux tiraillements politiques, en vue de faire accomplir la justice, de veiller à faire respecter la loi, de protéger les droits et les libertés privées et publiques. Il faut par ailleurs fortifier la justice comme autorité constitutionnelle indépendante, en renforcer l’immunité, activer ses instances de contrôle, faire développer les compétences scientifiques et professionnelles des juges, viser à dépasser le besoin de toute justice exceptionnelle, et réactiver le conseil constitutionnel comme tribunal veillant à la constitutionnalité de la législation et à la justesse des opérations d’élections.

Quant au développement économique et à la justice sociale, nous considérons que le souci économique et social n’est ni un simple dossier parmi les dossiers politiques ni une affaire technique confiée à des professionnels, quelque élevée que soit leur compétence, mais la matière de la vie, le domaine des grands choix que font les fils de la patrie, à partir d’une connaissance des coûts et des acquis, les choix qui représentent l’image de la société et de l’état auxquels on peut aspirer.

Les dettes se sont accumulées au Liban à cause de l’affaiblissement de la croissance économique, ce qui amena le pays à une émigration effrayante et un accroissement du déséquilibre dans les échanges commerciaux avec l’étranger. Et le voilà aujourd’hui face è deux défis jumeaux : une croissance économique en panne et des poids financiers insupportables. Ces deux défis ne sont pas égaux, les objectifs principaux de l’économie étant : le développement, la justice et la prévention.

L’économie du développement consiste à renforcer les capacités financières technologiques et commerciales des entreprises productrices, à diriger les opérations de privatisation avec tout le sérieux qu’elles méritent, et à lutter contre toutes les monopolisations et les positions de bénéfice, que ce soit dans le secteur privé ou public.

L’économie de la justice a pour norme de maintenir l’équilibre entre les chances et les obligations pour tous les citoyens, et cela à travers la réorganisation du système fiscal et la rigueur dans la réduction des dépenses et la correction du sens du développement équilibré entre toutes les régions du Liban.

Quant à l’économie de la sagesse et de la prévention, son seul souci est de faire en sorte que l’on ne dépense pas aujourd’hui les capacités de demain et que l’on ne fasse pas supporter et sans calcul les conséquences du passé par l’avenir. Elle exige aussi d’administrer avec clairvoyance les charges et les dangers économiques, en s’appuyant sur les capacités des libanais et sur le soutien des pays amis et des organismes financiers internationaux. Son souci aussi est de soutenir les organismes qui expriment la solidarité sociale, spécialement ceux de la santé et de l’assurance de la vieillesse, de veiller à protéger l’épargne des libanais de tous les dangers et de toutes les agressions, de protéger aussi les constituants de l’environnement naturel et culturel du Liban et de renforcer les relations avec les émigrés libanais, à travers l’encadrement de leurs capacités intellectuelles et économiques, en vue de renforcer leurs positions et en faire profiter le Liban.

La souveraineté nationale et les défis extérieurs confirment qu’il n’est pas moins difficile de sauvegarder que d’obtenir l’indépendance. Le Liban devenu maître, souverain et indépendant a tout le droit d’utiliser tous les moyens de faire face à toute agression sur son territoire ou sur son peuple ou à toute ingérence dans ses affaires intérieures.

Nous affrontons aujourd’hui plusieurs défis, particulièrement celui de la guerre de juillet et ce qu’elle nous a dévoilé comme problèmes.
Sans doute ce que les libanais ont réalisé à travers leur résistance, sous toutes ses formes militaires et civiles a été une véritable victoire qui a redonné au problème libanais toute sa considération, de sorte que le Liban ne pouvait plus être un prix de compensation ni une place ou un passage facile pour les complots et les compromis aux dépens de sa souveraineté, de son indépendance et de sa dignité.

Parmi les défis également celui de ne pas isoler le Liban de son contexte ou du paysage mondial, lui qui s’est toujours armé par le droit et par ses amitiés extérieures et s’est engagé pour la légalité internationale et pour ses résolutions, en vue de sauvegarder sa souveraineté et de reprendre son indépendance, lui le membre fondateur de l’ONU et de la ligue des pays arabes, et le partenaire toujours présent dans plus d’une organisation régionale et internationale. Mais il faut affirmer par ailleurs que la relation avec la politique internationale devrait être claire. Le doit est indivisible et il est le même partout.
Voilà les points de départ essentiels dans la politique extérieure à la lumière desquels nous abordons tous les problèmes épineux.

En ce qui concerne les relations syro-libanaises, nous les voulons naturelles et justes, et cela en revoyant le passé, en en tirant les leçons et en refusant le retour à toute forme de tutelle.

Ces relations exigent d’être assises sur les règles de la souveraineté nationale, de l’indépendance, du respect mutuel, de l’égalité et de la protection des intérêts légitimes et communs. Cela exige la confirmation de la propriété libanaise des fermes de Chébaa, l’officialisation et la maîtrise de toutes les frontières, le dévoilement du sort des libanais détenus en Syrie et leur libération. Comme il faut instaurer l’échange diplomatique entre les deux états et le transfert des relations politiques aux niveaux officiels et étatiques. Dans ce contexte il sera possible de revoir les accords conclus et de les refonder sur le principe de l’égalité et des intérêts des deux pays.

Dans les relations libano-palestiniennes, l’impuissance de la communauté internationale de trouver jusqu’à maintenant une solution permettant le retour des réfugiés à leur pays ne laissera pas le Liban accepter que le statut de leur présence passe de son caractère passager et provisoire à un caractère définitif et continuel.

Dans ce cadre nous sommes déterminés à lancer un dialogue sérieux et immédiat avec l’autorité palestinienne et ses représentants au Liban en vue d’une solution globale du dossier palestinien visant à :

- Assurer des conditions de vie normales à l’intérieur des camps.

- Prendre toutes les mesures nécessaires pour permettre aux palestiniens de se déplacer à l’intérieur et à l’extérieur du Liban, de façon à confirmer l’engagement pour leur droit de retour à leur patrie et à exprimer en même temps le refus catégorique de leur implantation au Liban.

- Traiter le dossier des armes palestiniennes au Liban à cause de l’absence de motifs valables pour leur maintien et à cause de leur transformation en source d’inquiétude, de façon à aboutir à la disparition de ces armes, à arranger rapidement l’état de la sécurité à l’intérieur des camps et à imposer l’autorité de l’Etat et le respect de ses lois.

Quant au conflit avec Israël et à la question d’en protéger le Liban, le choix du Liban est d’aspirer à une paix véritable allant au-delà de la cessation de l’état de guerre, étant basée sur la justice globale et que les peuples acceptent. La réalisation de cette paix est possible à travers l’initiative arabe adoptée au sommet de Beyrouth. Et le Liban a tant enduré des occupations qui ont coûté du sang à son peuple et de la destruction à son territoire et qui ont exigé une résistance politique et militaire constituant un droit légitime et sacré que ses fils ont exercé pour libérer leur terre, s’appuyant en cela sur la légalité internationale et ses résolutions. C’est ce qui s’est révélé efficace lors de la dernière guerre de juillet.

Ayant participé aux pris de la libération, les libanais sont appelés aujourd’hui à défendre le Liban, à sauvegarder sa souveraineté et à protéger son entité, pour travailler rassemblés et solidaires en vue d’établir le calme sur les frontières et d’imposer l’autorité réelle de l’Etat sur tout le sol libanais, en application de la résolution 1701 et donc à travers :

- la libération des fermes de Chebaa, des collines de Kfarchouba et du village de Ghajar
- la libération des prisonniers libanais en Israël.
- la garantie de l’arrêt des agressions israéliennes contre l’espace aérien, les eaux et les terres du Liban.

Il est certain que la protection du Liban est une responsabilité que les libanais doivent partager et s’entendre à son propos à travers un dialogue national général, en vue de fixer un plan diplomatique et stratégique de défense adopté dans les organismes officiels de l’Etat. Et l’armement de Hizbollah s’inscrit dans ce contexte. Cet armement qui n’a existé que pour défendre le Liban est provisoire.

Et nous avons essayé de trouver le contexte favorable et les conditions objectives susceptibles de lui mettre fin, à travers la construction d’un Etat capable et juste tel que dessiné dans le document d’entente et émanant de nos convictions nationales et de nos besoins. Et tout ce qui se dit en dehors de ce contexte n’est dit que pour des intentions personnelles ne dépassant pas le désir de la domination et la fomentation des clanismes. Et tout ce qui se dit à propos d’un état islamique et tout ce qui s’y rapporte comme les coups d’état, l’utilisation des armes et le règne du désordre, ne vise qu’à renforcer la peur et répandre la terreur dans le pays, en vue de laisser les libanais enfermés dans leur cocon, craignant d’entrer dans la paix et se suffisant dans l’isolement.

O grand peuple du Liban,
En souhaitant la construction d’un état démocratique, moderne et juste répondant aux besoins du peuple libanais et réalisant ses ambitions pour la justice médicale et la démocratie de l’enseignement,

En souhaitant des relations extérieures garantissant l’indépendance et la souveraineté du Liban, nous aspirons avec tous les libanais à ce que la vérité soit dévoilée sur les crimes terroristes ayant secoué la conscience des libanais et atteint leur stabilité…et à ce que la justice soit faite.
Nous appelons aussi à achever ce qui reste à appliquer de l’accord de Taëf , le retour des déplacés à leurs domiciles et le retour des libanais réfugiés en Israël.

Si nous voulons sortir de la crise actuelle, il nous faut commencer par fonder une autorité nationale basée sur une juste représentation. Cela ne se réalisera que par un itinéraire démocratique duquel naîtront les institutions constitutionnelles de façon naturelle.
Etant donné que c’est le peuple au Liban qui exerce la souveraineté et la confère par délégation au parlement à travers des élections libres et saines, par l’intermédiaire d’une loi respectant une juste représentation, il s’avère que l’itinéraire naturel pour construire l’entente nationale et l’autorité nationale capable commence par la formation d’un gouvernement d’union nationale qui s’attellera à adopter une nouvelle loi électorale dans le cadre des qualifications évoquées dans ce discours et à réanimer le conseil constitutionnel.
Le nouveau parlement élira un nouveau président de la République qui formera un nouveau gouvernement.

Certains s’accrochent en vain à la légalité de ce qui existe, arguant que les pays du monde travaillent avec ce pouvoir et le reconnaissent. Nous savons que ces pays ont toujours eu des relations avec les régimes en place sans leur accorder la moindre légitimité. La légitimité d’un pouvoir ne lui est conférée que par le peuple et ne peut émaner que de la volonté de ce peuple. Nos relations avec tout pouvoir étranger ne respectant pas les constituants de la véritable démocratie et essayant de couvrir ces jeux seront gérées avec réserve. Nous avons rempli le monde entier par nos explications et nos protestations relatives à cette situation douloureuse qui a privé le Liban d’un véritable essor démocratique ; il est temps que tout le monde comprenne que nous refuserons cette agression persistante de nos droits ?

O grand peuple du Liban,

Je les avais appelés dans le passé, du dehors du Liban, à la veille de la fête de l’indépendance de 2004, au dialogue, et ils n’ont pas répondu à l’appel, bien que je les aie mis en garde contre le refus et l’entêtement, les responsabilités allant être très grandes. La déstabilisation que nous craignions est malheureusement arrivée. Mais ceux-là n’ont pas le sens de la responsabilité.

Puis il y a eu la table du dialogue au parlement et elle a échoué parce qu’elle a refusé de traiter les problèmes par une approche qui aurait rectifié ce que les élections avaient manqué dans la fondation d’un pouvoir libre, et elle a servi de couverture pour l’échec de gouvernement.

Et je crains aujourd’hui qu’ils perdent leur dernière chance pour construire la patrie, et qui passe par l’itinéraire que nous avons proposé et qui commence par la formation d’un gouvernement d’union nationale.
Comme par le passé, lors du retrait syrien du Liban, nous les avions appelés à ne pas refuser et à ne pas s’entêter, nous les appelons aujourd’hui à ne pas refuser et à ne pas s’entêter.

O grand peuple du Liban,
Voilà notre conception et voilà nos points de départ pour la construction de l’état. Par votre détermination et votre persévérance la nation se construit et les souhaits se réalisent.

Vive le Liban

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